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Compressions – Couperet imminent dans les universités

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Le Devoir: 21 janvier 2015 |Lisa-Marie Gervais | Éducation
À l’Université de Montréal, où 27,3 millions doivent être coupés pour l’exercice en cours, les compressions épargnent la question du salaire.
Photo: François Pesant Le Devoir À l’Université de Montréal, où 27,3 millions doivent être coupés pour l’exercice en cours, les compressions épargnent la question du salaire.

Abolition de cours, diminution des salaires, rétrécissement des congés et augmentation de la tâche… À quelques semaines du dépôt des budgets, le climat de morosité s’amplifie dans les universités alors que le couperet se prépare à tomber.

À l’Université de Sherbrooke, on est allé jusqu’à demander aux professeurs de réduire de 6,5 % leur masse salariale, sans toucher au salaire comme tel mais en jouant sur d’autres avantages comme les congés, selon des documents obtenus par Le Devoir. À l’UQAM, où les économies à faire sont de 20,7 millions, c’est carrément une baisse salariale de 2 % aux professeurs et employés qui est sur la table.

« C’est une hypothèse de travail, ce n’est pas coulé dans le béton », a dit André Dorion, vice-recteur aux Affaires administratives et financières. L’UQAM en est à boucler son budget 2015-2016 et déplore que ces coupes soient récurrentes. « On continue dans le dialogue. Il n’est pas question de cesser ces rencontres-là. » Sur 7800 cours qui se donnent dans une année, 150 pourraient être abolis, ce qui est moins de 2 %, nuance-t-il, toutefois. M. Dorion dit craindre les rumeurs qui parlent d’une troisième vague de compressions.À l’Université de Sherbrooke, diverses propositions ont été soumises par la direction, dont la réduction des frais pour la formation, l’abolition de toutes sortes de privilèges comme celui de l’exonération des droits de scolarité, des primes pour les cours donnés à plus de 50 km et le supplément d’été. En plus de demander aux professeurs de travailler deux journées sans solde, on leur propose de donner un cours de plus par année, soit cinq au lieu de quatre, et de prolonger le gel des embauches. Le nombre maximal d’étudiants par classe pourrait aussi être majoré de 20 % et les professeurs devront accepter de diriger un plus grand nombre de thèses et de mémoires pour avoir droit à une décharge.

Les compressions exigées par le gouvernement Couillard ont eu raison du poste de directeur du campus de Longueuil, qui a été aboli. La Faculté de théologie, qui est petite mais qui n’en constitue pas moins un important symbole pour l’Université de Sherbrooke qui a été érigée par un décret apostolique, sera aussi fermée et fusionnée à d’autres facultés.Un climat peu réjouissant

À l’Université Laval, le climat est peu réjouissant, alors que les facultés doivent absorber leur part des 22 millions à couper, et remettre leurs plans de match d’ici le 30 janvier. Les budgets de fonctionnement des départements doivent être réduits de 5 %, ce qui se traduira par moins de cours et moins d’embauche chez les chargés de cours. « Personne n’a le sourire aux lèvres », a convenu Michel De Waele, doyen de la Faculté de lettres et sciences humaines. « C’est sûr qu’il y a des cours qu’on ne va plus donner, à notre grand regret. Mais il n’est pas question, comme à l’UdeM, de fusionner des départements. » Sa faculté doit économiser 1,5 million, en plus de subir une baisse d’étudiants.Selon le syndicat des professeurs de l’Université Laval (SPUL), aucune proposition de baisse salariale a été soumise, mais des discussions informelles ont lieu avec la direction pour que soient gelés les montants prévus à la convention collective. On a aussi proposé aux professeurs de réduire les montants pour le soutien académique et ceux prévus pour les congés sabbatiques. « Nos membres sont extrêmement inquiets, il y a un climat de morosité et d’inquiétude qui règne », constate Yves Lacouture, le président du SPUL.

À l’Université de Montréal, où 27,3 millions doivent être coupés pour l’exercice en cours, les compressions épargnent la question du salaire. « Il faut dire qu’il y a eu de nombreuses mesures d’adoptées pour réduire les dépenses. Les budgets des facultés, départements et services ont été coupés, des projets sont retardés, des achats sont remis à plus tard, des cours seront offerts à une moins grande fréquence, etc. » a rappelé Mathieu Filion, porte-parole de l’UdeM.Coupes et négos

Ces coupes sont mêlées aux enjeux des négociations avec professeurs, qui sont officiellement en cours depuis en mai 2014. « [La baisse de salaire] va peut-être nous arriver comme à l’UQAM », a laissé entendre Jean Portugais, président du Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal (SGPUM). Alors que le syndicat demande des salaires à parité avec la moyenne des U15 (les 15 grandes universités à travers le Canada), la direction semble vouloir proposer une augmentation de 2 % sur quatre ans, a rapporté M. Portugais. « Ça a été bien sûr rejeté. »Le syndicat craint aussi que les professeurs qui partent à la retraite ne soient pas remplacés, ce qui « va boucher l’horizon » des diplômés au doctorat pour au moins quatre ans. « Et s’il n’y a pas de remplacements, on subodore que l’université va s’en aller vers un modèle où on va embaucher plus de personnel précaire », dit M. Portugais.

Quant au syndicat des professeurs de l’UQAM, il n’a pas souhaité commenter les négociations en cours.

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