Archives mensuelles : mars 2015

39e Assemblée spéciale de GRÈVE le mardi 7 avril à 9h00 au B-4340

À la suite du sondage qui a été tenu concernant la date de la prochaine assemblée générale, le résultat le plus populaire a été le mardi 7 avril à 9h00. Nous vous convoquons donc à la 39e Assemblée spéciale de grève qui aura lieu mardi le 7 avril à 9h00 au B-4340 (3200 Jean-Brillant).

L’ordre du jour proposé sera le suivant:

0. Ouverture de l’assemblée
1. Procédures
1.1. Choix du présidium
1.2. Adoption de l’ordre du jour
1.3. Adoption des Procès Verbaux des 36e et 37e Assemblées
2. Grève
3. Levée de l’assemblée.

Lors du vote de grève, plusieurs scénarios sont possibles: il est possible que la grève soit prolongée, mais il est également possible que soit votée une date de retour en classe, ou que soit voté un retour en classe dès 13h. Par contre, les cours du mardi matin qui auront lieu en même temps que l’assemblée, soit ESP3610 Préparation au DELE, ESP2510 Pratique orale de l’espagnol, et ALL1110 Allemand écrit ne pourront bien sûr pas avoir lieu et seront aussi piquetés, puisque nous sommes en grève jusqu’à ce qu’une décision contraire soit prise en assemblée.

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L’ASSÉ ne fait pas le printemps

La révolte gronde à travers le Québec et se propage jour après jour. Déjà 66 associations étudiantes ont voté la grève reconductible. Les manifs de soir s’accumulent. Le Vieux-Montréal et l’Université Laval se saisissent de leurs campus et les transforment en lieux politiques. L’UQAM a été bloquée aujourd’hui même. Alors que le Printemps 2012 avait pris plusieurs semaines pour se mettre en branle, le Printemps 2015 a pris son envol en l’espace de quelques jours. Le mouvement reprend là où 2012 s’était interrompu. La grève est en marche.

Et la répression, elle, ne s’est pas fait attendre. Des arrestations massives ont eu lieu aussi bien à Québec qu’à Montréal. Des chiens se sont rués sur les manifestant.es les plus pacifiques. Une jeune étudiante s’est même fait tirer à bout portant par les flics. Et la direction de l’UQAM menace maintenant d’expulsion politique neuf étudiant.es militant.es.

C’est dans cette conjoncture tendue mais enthousiaste que le comité exécutif de l’ASSÉ balance son pavé : un appel à la fin de la grève étudiante, alors que celle-ci bat son plein dans les universités, en démentant tous les pronostics pessimistes. La parole du comité exécutif de l’ASSÉ serait la parole raisonnable et paternelle qui appellerait à l’évidence stratégique. Le comité exécutif aurait son propre agenda, ses propres ultimatums : une méga-manifestation le 2 avril appelant une grève à l’automne qui agirait de pair avec une grève des travailleurs du secteur public, et plus particulièrement du secteur de l’éducation. Selon cette parole « raisonnable », nous serions aujourd’hui en déficit de puissance pour faire grève – sans allié.es parmi les travailleuses et les travailleurs – si bien qu’il y aurait apparemment danger de défaite aux lourdes conséquences.

Or, avec cet appel raisonnable et paternaliste, l’exécutif de l’ASSÉ vient de saper sa légitimité en remettant en question une grève adoptée par plus de la moitié de ses associations membres.

Depuis la naissance du mouvement Printemps 2015, ce comité exécutif martèle la même stratégie à travers toutes les assemblées générales et congrès, rappelant à chaque fois que la grève n’aura d’efficace qu’en automne. Et pourtant, ces mêmes assemblées ont refusé leur mot d’ordre en entamant une grève le 21 mars. Si bien qu’il est dorénavant hors de doute que ce même comité exécutif ne remplit pas les conditions minimales pour s’autoriser, aujourd’hui, un appel à la fin de la grève. Ironie suprême : l’ASSÉ s’était toujours démarquée des fédérations étudiantes (FEUQ-FECQ) par sa loyauté envers sa base militante, refusant de se servir des médias de masse pour influer sur elle. Or, c’est elle qui se salit aujourd’hui les mains en reproduisant les manœuvres qu’elle décriait jadis.

La grève du printemps 2015 s’est organisée sur d’autres bases que les traditionnelles structures de l’ASSÉ. En appelant à la fin de la grève sous prétexte de repli stratégique, l’exécutif cherche à museler une base qui tend de plus en plus à se dérober de sa mainmise.

À chacune de ses manifestations, la contestation n’épuise pas ses forces. Au contraire, notre force s’alimente et devient contagieuse. Parlerait-on de grève sociale en 2015 s’il n’y avait pas eu le mouvement de 2012 ? Et pourtant, aux premières semaines de 2012, personne n’aurait pu prévoir l’ampleur de ce qui est advenu. Une grève maintenant ne signifie pas l’impossibilité d’une grève plus tard, à l’automne. C’est bien cela que signifie un printemps rampant : un mouvement qui s’inscrit dans la durée, qui prend différentes formes et possède plusieurs moments de puissance effective. Le plus important est qu’au sein de ce mouvement des allié.es se rencontrent, des tactiques s’inventent et des forces s’organisent. Inversement, selon la conception de l’exécutif actuel de l’ASSÉ, ces forces seraient toujours à économiser, comme si nous étions de petits soldats à usage unique qu’il faudrait lancer au combat au bon moment (et au profit des centrales syndicales).

Mais plus profondément, cette confiance aveugle envers la mobilisation des centrales syndicales rend perplexe. Ces mêmes centrales qui, en 2012, au sommet du plus grand mouvement social que le Québec ait connu, n’ont jamais envisagé la grève. Ces mêmes centrales qui sont contre toute grève illégale, qui ont appuyé la Charte et qui ne se positionnent pas contre les projets d’hydrocarbures. Et si les syndicats ne partaient pas en grève à l’automne 2015, comme leur logique l’indique, quel est le plan de l’ASSÉ ? Va-t-on remettre entre les mains de dirigeant.es syndicaux, notre destinée politique ?

Les exécutant.es de l’ASSÉ à l’origine de cette « proposition » répondraient qu’eux non plus n’ont jamais cru aux dirigeant.es des centrales syndicales, mais qu’ils comptent sur les syndicalistes locaux pour déborder les dirigeant.es dans un mouvement contre l’austérité. Pas au bout de ses contradictions, l’exécutif de l’ASSÉ fait pourtant le même geste que les centrales : de peur d’être dépassé par ses membres ardent.es, l’exécutif les rappelle à la raison et à l’ordre. De plus, cette focalisation sur l’agenda de syndicats de la fonction publique met de côté toutes celles et ceux que l’appel à la grève sociale vise à rejoindre. Organismes communautaires, chômeurs et chômeuses, travailleurs et travailleuses du privé : autant de forces prêtes à se mobiliser et autant, sinon plus, touchées par l’austérité.

Dans le contexte actuel, abandonner ne signifie pas seulement mettre fin à un mouvement inédit dans la radicalité de ses revendications et l’autonomie de ses formes, mais surtout abandonner des luttes nécessaires : les neuf camarades sur qui plane la menace de l’expulsion à l’UQAM, qu’est-ce qui les sortira de là sinon un mouvement combatif qui met la pression pour que la direction abandonne les charges ? Et ces blessé.es que la police a déjà mutilé.es, qui portera leur parole, qui défendra leur honneur et qui accomplira leurs aspirations ?

Pour un syndicat « de combat », être dépassé par sa base devrait toujours être une bonne nouvelle, et non une menace au plan stratégique d’un exécutif autoritaire et condescendant. Parier sur une grève sociale, c’est parier sur la combativité des membres de la base, sur des gens qui résistent d’ores et déjà aux menaces, à la répression et à la bureaucratie syndicale grassement payée. Mais surtout, nous misons sur l’élan qui a déjà porté des milliers de personnes à sortir dans les rues, à plusieurs reprises en une seule semaine.

Cet élan ne s’arrête pas strictement à la grève étudiante. Il se prolongera lors du 11 avril, à la manifestation contre le Conseil de la Confédération sur les changements climatiques, lors de la grève sociale du 1er mai, puis pendant l’été en luttes localisées contre les projets d’hydrocarbures.

Vive le printemps! Vive la grève!

Printemps 2015

Billet publié le 30 mars 2015

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Déni, quand tu nous tiens

Le 2 avril prochain, je serai dans la rue.

Nous serons dans la rue, n’en déplaise à M. Couillard.

N’en déplaise à la majorité qui se foule les yeux à force de les rouler.

Je ne suis pas étudiante en philosophie de l’anarchie à l’UQAM. En fait, je ne suis pas étudiante du tout. Je suis une jeune professionnelle et mère d’un enfant pour qui je suis prête à bien des austérités. On croit que je revendique le beurre et le crédit du beurre. Je suis au contraire prête à payer cher la livre, mais lasse qu’on me prenne pour la vache à lait pour ensuite exiger que je batte moi-même mon beurre.

Je ne milite pas pour moi. Il y a longtemps que j’ai compris que la politique ne se pressait pour personne, sauf les siens. Je milite pour mon fils. Pour qu’il ait accès à la richesse sociale qui le façonnera en tant qu’humain. Il mérite que je dérange le confort individuel collectif quelque temps pour signifier qu’il compte, lui aussi. Même s’il n’est pas un descendant de Thierry Vandal. Il mérite mieux qu’un peuple qui se divise pour l’argent et s’unit pour la xénophobie.

Je suis née dans un pays gouverné par la religion. Mon père m’a souvent dit que l’humain trouvait dans la servitude un confort abrutissant. Il m’a appris à ne laisser personne réfléchir pour moi. Ma réflexion, c’est le Québec qui l’a nourrie de ses valeurs d’égalité et d’humanisme.

C’est ce Québec même qui aujourd’hui se complaît dans une léthargie résolument laïque. On est tous Charlie jusqu’à ce que la liberté d’expression bloque des artères. On est tous pour la démocratie jusqu’à ce qu’elle soit attaquée par des idées plutôt que des AK-47.

Y a pas mort d’homme. Fermez vos gueules.

L’équilibre budgétaire ne fera pas de nous un peuple fier. Nous sortirons en théorie vainqueurs, mais en pratique socialement fracturés par l’inégalité. N’est-ce pas du déni quand, plutôt que de changer la théorie, on maquille la pratique pour qu’elle lui ressemble ?

Le FMI, ancien fervent défendeur des politiques d’austérité, se range désormais avec les Joseph Stiglitz de ce monde et avance que l’austérité est une mesure inefficace.

Qui croire, entre le lauréat du prix Nobel de l’Économie, dont la position est exempte de conflit d’intérêts, et un gouvernement incapable de dire « austérité » en nous regardant dans les yeux parce que « rigueur économique » fait moins fourcher sa langue de bois.

Je crois qu’un gouvernement peut être à l’écoute de ceux qui meuglent en bas de l’échelle économique pendant que les cravates discutent des affaires de grandes personnes. Utopiste, j’en suis.

Le 2 avril, je prendrai une longue marche avec nombre de mes concitoyens. (Si j’avais un médecin de famille, je suis sûr qu’il appuierait l’idée. Ça fera un infarctus de moins sur le bras du gouvernement.)

Vous qui marcherez à mes côtés, je vous conjure de rester pacifiques en toutes circonstances. Il en va de la légitimité du mouvement.

Il y a assez d’eux qui coupent, nul besoin de nous qui cassons.

31 mars 2015

Manal Drissi – à Gatineau

http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/435934/deni-quand-tu-nous-tiens

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Fusion littéraire

Un nouveau Département de littératures et de langues du monde ouvrira ses portes le 1er juin 2015 à l’UdeM à la suite de la fusion des Départements de littérature comparée, d’études anglaises et de littératures et de langues langues modernes. La décision du Conseil de l’Université a eu lieu le 1er février dernier et devrait minimalement permettre des économies de 260 000 $, selon la Faculté des arts et des sciences.

«Ce réajustement administratif, bien que dépendant des compressions budgétaires, ne devrait toutefois pas toucher l’enseignement, la formation et les effectifs du département de littérature », affirme le directeur du Département de littérature comparée, Simon Harel. Il n’y aura désormais qu’une seule direction ainsi qu’un réaménagement des tâches entre les responsables de programmes et les techniciens de gestion des dossiers étudiants.

« Le climat de compressions a obligé tout le monde à faire des modifications structurelles mais pour nous, la fusion ne découle pas de ces priorités », souligne le directeur du Département d’études anglaises, Robert Schwartzwald. Selon des documents obtenus par Quartier Libre, le doyen de la Faculté des arts et des sciences, Gérard Boismenu, aurait affirmé à la Fédération des associations des campus de l’UdeM (FAÉCUM) que l’idée de cette fusion avait déjà été soulevée il y a six ans par les directeurs des trois départements.

Ce projet provoque toutefois le mécontentement chez certains étudiants en littérature comparée. L’étudiante en majeure de littérature comparée Simone Laflamme-Paquette dénonce un projet initié de manière non démocratique. « C’est le fait qu’on ne nous ait pas consultés qui nous a choqués, explique-t-elle. Ce n’est pas transparent. » Le Département de littérature comparée est le seul à offrir des programmes de littérature comparée en français en Amérique du Nord.

Un point de vue qui n’est pas partagé par tous les étudiants . « À mon avis, les étudiants du Département d’études anglaises espèrent que cette fusion sortira le département de son isolation », explique l’étudiante au baccalauréat en études anglaises et représentante à la vie étudiante de son association, Charlotte Delwaide.

L’UdeM défend également cette initiative. « Cette décision découle avant tout de la volonté de la Faculté des arts et des sciences de revoir les différents programmes de formation et d’intensifier les collaborations dans les secteurs de la littérature et des langues », explique le porte-parole de l’UdeM, Mathieu Filion.

La structure du Département en littérature comparée ne changera pas, selon le directeur du Département de littératures et de langues modernes, Juan Carlos Godenzzi. « Les cours, les programmes et le nombre de professeurs resteront les mêmes, mais certains cours optionnels ne se donneront qu’une fois par année, faute d’effectifs », dit-il.

De nouveaux cursus

Malgré ce contexte difficile, deux nouveaux baccalauréats ainsi qu’un diplôme d’études supérieures spécialisées (D.E.S.S.) viendront s’ajouter aux 28 autres programmes de premier cycle, aux 4 programmes de maîtrise et aux 2 autres programmes de doctorat offerts par les trois départements concernés par la fusion.

L’un sera spécialisé en littérature comparée et l’autre sera un baccalauréat par cumul en langues modernes ainsi qu’un D.E.S.S. en récits et médias autochtones. « Cela peut paraître paradoxal avec la situation budgétaire, mais le fait de se regrouper puis de s’unifier sous un même département nous permet de mieux communiquer et de mettre en place ce type d’initiative », déclare M. Godenzzi.

M. Harel insiste sur le fait que la fusion est purement administrative et que l’autonomie des programmes sera préservée. « Il s’agit de maintenir et de développer la recherche dans les trois départements tout en ayant une masse critique de professeurs qui pourront travailler dans leur domaine de recherche avec une perspective interdisciplinaire » , indique-t-il.

Néanmoins, certaines craintes persistent quant à la visibilité de chaque département. «Cette fusion risque de faire perdre de la visibilité au Département de littérature comparée, croit Simone. C’est pourquoi nous voudrions savoir concrètement et exactement ce qu’elle nous apportera. »

La création d’un centre de recherche animé par des professeurs ainsi qu’un Carrefour de langues est aussi à l’ordre du jour. « Ces lieux offriront un espace d’échange, de concertation et de recherche aux étudiants, aux professeurs ainsi qu’aux associations étudiantes qui pourront se rencontrer, faire de la programmation ou conduire des ateliers », déclare M. Godenzzi. Le directeur du centre de recherche serait issu d’un secteur différent de celui du directeur du futur département afin d’éviter une surreprésentation d’un des trois anciens départements.

Un réaménagement du 8e étage du pavillon Lionel-Groulx, où se trouvent actuellement les trois départements, est prévu. « Ce sujet a été porté à l’attention de la FAÉCUM au courant du mois de décembre », déclare l’attaché politique de la FAÉCUM, Philippe Lafrance. Selon la Fédération, le réaménagement créerait de l’espace supplémentaire et une partie de cet espace pourrait être utilisée afin de créer un nouveau local étudiant.

L’entrée en fonction du nouveau directeur du département sera effective à l’été 2016.

Départements Nombre de professeurs

Littérature comparée 11
Littératures et langues modernes 11
Études anglaises 9
Moyenne à la FAS 2
Par Tahia Wan
Vendredi 13 février 2015

http://quartierlibre.ca/fusion-litteraire/

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Habemus FAÉCUM : les résultats

Les élections de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’UdeM sont terminées. Trois des neuf postes d’officiers du bureau exécutif étaient disputés et 11 nouveaux membres ont été nommés au conseil d’administration.

Voici la liste des officiers du bureau exécutif 2015-2016 de la FAÉCUM :

Secrétaire-général : Nicolas Lavallée

Coordonnateur aux finances et aux services : Loïck Saint-Pierre

Coordonnatrice aux affaires externes : Marie Gauthier

Coordonnatrice aux affaires universitaires : Andréanne Saint-Gelais

Coordonnatrice aux affaires académiques de premier cycle : Annie-Claude Vanier

Coordonnatrice aux affaires académiques de cycles supérieurs : Frédérique-Emmanuelle Lessard

Coordonnateur à la recherche universitaire : Nicolas Bérubé

Coordonnateur à la vie de campus : Michael Ondrick

Coordonnatrice aux affaires associatives : Camille Chabot-Martin

 

Les membres élus du conseil d’administration:   

Claudine Courteau-Godmaire

Anthony Bissonnette

Philippe Letarte

Simon Forest

Marilyn-Anne Tremblay

Jérémie Dunn

Ricardo Charles

 

Par Charles-Antoine Gosselin

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Jambons et chocolat

Je ne crois surprendre personne en affirmant que ça ne se fera pas tout seul. Je veux dire, c’est bien beau, la gauche, les progressistes, tout ça, mais bon, puisqu’il y a tout à faire, bien, je vous annonce qu’on n’est pas assez nombreux pour changer le monde tout seul.

Il n’y a pas assez d’écolos pour sauver l’environnement. Pas assez d’anarcho-syndicalistes pour changer le système. Pas assez d’étudiants allumés pour chasser la noirceur.

On est juste pas assez nombreux pour se passer des autres.

Certes, on peut et on doit se réjouir des 100 000 personnes qui descendent dans la rue pour protester contre les mesures d’austérité, mais, comme le faisait remarquer un jambon de la droite, ça en fait beaucoup qui sont restés à la maison pour écouter Martineau en se grattant la craque.

Le problème, avec les manifs, c’est que ça reste entre nous. Les grands médias n’en parlent pas, ou en parlent peu, ou en parlent en mal, ou en parlent pour s’en moquer. Et nous on se les gèle pour quoi, au juste? Pour avoir des contraventions qu’on devra contester, en y consacrant du temps et de l’argent, et surtout de l’énergie, beaucoup d’énergie? Or ce n’est pas de l’énergie verte, contester des contraventions. C’est l’équivalent militant de passer son samedi au centre d’achats pour magasiner un nouveau revêtement de comptoir de cuisine.

Et puis, à la longue, à force de manifester dans le beurre et de se faire arrêter pour rien, on finit par s’aigrir. J’en vois des masses sur les réseaux sociaux, des gens de gauche, qui finissent par vomir de dégoût devant l’immobilité de la majorité et qui en viennent à traiter les gens ordinaires d’imbéciles, de pleutres, de nuls, de salauds. Au début, ils se battaient pour eux, et ils finissent par les détester parce que les « eux » ne veulent rien comprendre?

Or, si on veut changer le monde, c’est parce qu’on l’aime, non? Je veux dire, vraiment aimer, pas juste aimer ceux qui nous ressemblent et pensent comme nous.

Car le monde est rempli de coiffeurs pour dames qui s’en balancent, des bélugas. Le monde est plein de représentants en produits pharmaceutiques qui se foutent de l’acidification des océans – tant que le sable reste blanc et qu’on peut encore se baigner dans un tout inclus acheté sur la carte de crédit pour se changer les idées, une semaine par année. Le monde est rempli de petites familles tellement occupées à joindre les deux bouts qu’elles n’ont ni le temps ni l’énergie pour relier les pointillés entre le pétrole et l’islamisme, entre la militarisation des forces policières et le bâillonnement des agences scientifiques gouvernementales.

Je le rappelle parce que c’est la base : la moitié de la population du Québec est constituée d’analphabètes fonctionnels – et l’autre moitié n’a pas beaucoup le temps de lire.

Alors c’est un peu normal que ces gens-là chialent quand les autobus sont immobilisés par nos manifestations et que le centre-ville est paralysé. Ils sont déjà assez stressés d’aller magasiner des cadeaux de Noël au centre-ville avec de l’argent qu’ils n’ont pas, si en plus les ostis de gauchistes leur font perdre une demi-journée, ils vont s’empresser d’applaudir aux propos fort peu nuancés de Mario Dumont ou d’Éric Duhaime.

Je ne dis pas qu’il faut arrêter de manifester, mais je dis qu’il faut les comprendre.

Et je dis surtout qu’il faut les aimer.

Il ne s’agit pas de changer le monde pour une poignée de gens qui nous ressemblent, mais pour tout le monde. Et ça adonne que «tout le monde» inclut des jambons.

Il faut aimer les jambons. Les jambons font partie du 99%. Il faut trouver le moyen de parler aux jambons. Il faut tendre la main aux jambons.

Car les jambons souffrent eux aussi d’un monde de plus en plus étriqué par les forces économiques. Ils vivent de paye en paye, soumis à une tension qui les empêche de dormir la nuit, et ils prennent des médicaments pour leur hypertension et ils souhaitent le meilleur pour leurs enfants. Ils savent bien, tout comme nous, que les choses vont mal et que ça ne peut pas continuer ainsi. Mais ils n’ont pas le temps de chercher des solutions globales, ils ont à peine le temps et l’énergie pour effectuer les paiements de leur seconde voiture, devenue nécessaire depuis qu’ils ont déménagé dans le 450 parce que les maisons ne sont pas achetables à Montréal.

Les jambons ne sont pas des jambons. Ce sont des gens ordinaires qui répètent comme des formules magiques les phrases toutes faites que leur fournissent les idéologues de droite pour continuer à les exploiter en toute impunité.

Ce sont des gens qui ont peur parce que le monde va mal.

Et quand on leur répète cent fois par jour que c’est la faute de la dette, ils finissent par le croire, et ce n’est pas une manifestation qui va leur faire changer d’idée, surtout une manifestation « d’étudiants gâtés pourris, de syndicalistes gras dur et de casseurs masqués ».

Ce n’est pas avec de grandes idées nobles que nous allons les convaincre. Ce n’est certainement pas en les insultant que nous allons les rallier. C’est en parlant avec eux du quotidien, de l’endettement des ménages, de l’augmentation du panier d’épicerie.

Tiens, c’est en parlant du chocolat qu’on va peut-être réussir à leur faire comprendre deux-trois trucs. En leur disant qu’il y a cinq millions de petits cultivateurs de cacao, principalement en Afrique, et que ces petits cultivateurs sont exploités et ne reçoivent pour leurs efforts, selon Oxfam, que 3% du prix d’une tablette de chocolat. La majorité d’entre eux gagnent 80 sous par jour. Alors, pour survivre, ils se tournent vers d’autres cultures, un peu plus profitables. Et pendant ce temps, les Chinois se bourrent de plus en plus la fraise, ce qui accroit la demande. Résultat? Selon les spécialistes de l’industrie, la tablette de chocolat pourrait coûter 15$ en 2020.

C’est dans cinq ans, ça.

Quand, dans cinq ans, une bonne partie de la population ne pourra plus se permettre de se sucrer le bec et de se donner un rush de sucre pour oublier la difficulté de son existence, peut-être qu’elle commencera à prêter une oreille favorable à nos discours sur la mondialisation et sur la consommation de produits équitables. Remarquez, il n’y aura plus beaucoup de poisson dans l’océan, en 2020. Et pour se payer un steak, il faudra se lever de bonne heure.

C’est justement pour ça qu’il faut parler d’épicerie, plutôt que d’idéaux.

Les grands changements politiques, c’est toujours sur le prix du pain qu’ils ont pris leur envol. Rappelez-vous le printemps arabe. C’est parce que le pain était hors de prix que les Cairotes se sont soulevés. Ce sont les gens ordinaires qui font les révolutions. Pas nous. Nous ne sommes pas assez nombreux. Rappelez-vous la Révolution française. Ce n’étaient pas de bons gauchistes qui ont pris d’assaut la Bastille. C’était du monde ordinaire, qui auparavant se méfiait des agitateurs, des étudiants, des philosophes – jusqu’à ce que le pain devienne hors de prix, hors de portée. Le pain!

Et c’est alors qu’on a pu départager les gens ordinaires des vrais de vrais jambons, les irréductibles, les gras dur:

Les vrais jambons sont ceux qui disent, quand le peuple n’a plus de pain: « qu’ils mangent de la brioche! » Les autres, c’est de l’imitation.

 

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Le Devoir rencontre Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie – L’austérité, quelle idée toxique!

Les inégalités s’aggravent, dénonce le pourfendeur de l’économie de droite

L’un des impacts de l’accroissement des inégalités de revenu a été la perte d’influence de la population sur ses dirigeants politiques et leur médecine économique de droite, dénonce le prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz.

Le monde est aujourd’hui aux prises « avec une terrible maladie » qui ravage notamment l’Europe et les États-Unis : l’austérité, a déclaré vendredi le célèbre économiste en entrevue au Devoir. « Nous savons pourtant, depuis la Grande Dépression, que l’austérité ne fonctionne pas. Le Fonds monétaire international [FMI] en a refait la démonstration plus récemment [lors des dernières crises monétaires] en Amérique latine et en Asie, et c’est à nouveau le cas actuellement en Europe. Ce qui est stupéfiant, c’est qu’autant de dirigeants politiques continuent malgré tout d’appuyer ces politiques discréditées, même si des voix aussi conservatrices que le FMI leur disent aujourd’hui que leur austérité est dangereuse et qu’il faut s’occuper de toute urgence de stimuler l’économie. C’est comme si les gouvernements avaient cessé d’écouter. »

 

Le professeur d’économie de l’Université Columbia, à New York, devait s’adresser quelques minutes plus tard aux militants du NPD réunis en congrès ce week-end à Montréal. Ancien chef des conseillers économiques du président américain Bill Clinton, ex-économiste en chef de la Banque mondiale et corécipiendaire, en 2001, du « prix Nobel d’économie », il est devenu, petit à petit, l’un des grands pourfendeurs de l’idéologie économique de droite. Loin de jouer les vedettes, il se prête simplement et avec le sourire à la pluie de questions du journaliste qui cherche à tirer le maximum des quelques minutes qui lui ont été allouées.

 

Avertissement : idées toxiques

 

Cet entêtement à maintenir coûte que coûte le cap sur des politiques d’austérité est quand même étonnant de la part de gouvernements élus quand on sait le mécontentement que sèment ces politiques dans la population. Joseph Stiglitz l’attribue à l’un des nombreux effets pervers de l’autre grand problème qui occupe le plus son attention ces jours-ci. « L’accroissement des inégalités de revenus va de pair avec un accroissement des inégalités politiques. Notre démocratie s’en retrouve déformée. »

 

Cela s’observe, entre autres, selon lui, par la traduction parfois bien imparfaite du vote aux élections en nombre de représentants élus, par l’influence démesurée des pouvoirs de l’argent sur les médias, ainsi que par la redoutable efficacité de la droite « à vendre ses idées ». « Si on peut vendre des produits toxiques, comme la cigarette, qui tuent des gens, on peut aussi vendre des idées toxiques, comme l’austérité. »

 

Les idéologues de droite ont développé toutes sortes de trucs pour cela, comme le recours à des analogies accrocheuses, mais tendancieuses. « On va dire, par exemple : les familles savent qu’elles doivent vivre selon leurs moyens. Pourquoi les gouvernements ne le pourraient-ils pas ? Ça semble raisonnable, sauf que le temps dont on dispose et l’ampleur des conséquences en cause ne sont vraiment pas les mêmes. »

Le prix de l’inégalité

 

Les conséquences de cette médecine de cheval devraient pourtant nous crever les yeux, dit-il. L’Italie ne s’est jamais portée aussi mal depuis les années 30. Les économies grecque et espagnole sont objectivement en dépression. Les millions de chômeurs européens sont un spectaculaire gaspillage de capital humain dont le continent ne se remettra pas avant 10 ans. Les politiques d’austérité se font plus discrètes aux États-Unis, quoique bien réelles. Le secteur public accuse un déficit de 2,5 millions d’emplois depuis la crise alors que la création d’emplois dans le secteur privé est toujours anémique.

 

Tout cela ne fait qu’aggraver le problème des inégalités, déplore l’Américain. « On ne parle pas seulement des inégalités de revenus, mais aussi de l’inégalité des chances d’améliorer son sort par son travail et son talent : le grand mythe au coeur du rêve américain », dit cet auteur de nombreux ouvrages, dont le plus récent est justement intitulé : Le prix de l’inégalité. La richesse médiane des familles américaines a reculé de 40 % depuis la crise et est revenu à ce qu’elle était il y a deux décennies.

 

« L’économie n’a pas fait son travail pour la plupart des Américains. Cela montre que les politiques comme la déréglementation, le recul de la fiscalité progressive et le rétrécissement du filet social ont un prix. »

 

Si certains gouvernements restent dans le déni, d’autres commencent à essayer de corriger la situation. Joseph Stiglitz cite en exemple les pays d’Europe du Nord, mais aussi le Brésil, qui a réussi en 20 ans à réduire des niveaux d’inégalités très élevés à coups de développement économique et de politique sociaux. « La bonne nouvelle, c’est que ça fonctionne. Cela montre qu’il n’est pas seulement question de forces économiques, mais aussi de la façon dont nous décidons d’influencer ces forces économiques. »

 

Les leçons oubliées de la crise

 

La faillite de Lehman Brothers et la Grande Récession ont provoqué un déchaînement de promesses de changements dans le fonctionnement du secteur financier, comme de l’économie en général. « Les progrès ont été décevants », estime Joseph Stiglitz. Certaines règles ont été resserrées, mais le monde bancaire en est ressorti encore plus concentré qu’il ne l’était. La récente découverte de la manipulation du Libor – un indice au coeur de l’immense marché des produits dérivés – et la restructuration chaotique de la dette grecque ont montré comment le fonctionnement de la finance échappe encore à presque tout le monde.

 

L’économiste américain a été content d’entendre le président Obama faire référence, dans son dernier discours sur l’État de l’Union, au relèvement du salaire minimum, aux programmes d’éducation préscolaire et au problème de l’endettement étudiant. « C’est un scandale, 1000 milliards. On a des jeunes qui sortent des universités plus endettés que jamais et dont la formation ne leur permet pas de se trouver un emploi. Ils se retrouvent avec une dette, mais sans actif. Quand une bulle immobilière éclate, on se retrouve aussi avec une dette, mais il nous reste au moins une partie de l’actif. »

 

La situation en Europe le désespère. Si la crise de l’euro a forcé les gouvernements européens à reconnaître certaines lacunes de leur ambitieux projet, il leur manque toujours une union bancaire, une union budgétaire, une stratégie de croissance commune ou encore une politique industrielle commune.

 

Facteur d’espoir

 

En 2008, le président français, Nicolas Sarkozy, a eu l’idée de créer une commission d’experts « sur la mesure des performances économiques et du progrès social », à la tête de laquelle il a placé Joseph Stiglitz. Son rapport concluait que le produit intérieur brut (PIB) était un indicateur bien imparfait du progrès des peuples.

 

« Le rapport a eu un énorme succès populaire, se réjouit-il. La résonance de notre message montre que les gens ne veulent pas d’une poursuite aveugle de la croissance du PIB, mais une amélioration de leur qualité de vie, un partage de la richesse et un modèle de développement qui est durable. Je crois que c’est un facteur d’espoir. »

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Ce texte a été modifié après publication.

 

13 avril 2013 |Éric Desrosiers | Actualités économiques

http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/375627/l-austerite-quelle-idee-toxique

 

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