Un manque de confiance entre policiers et manifestants?

Moi qui fus flic pendant tant d’années, je me suis posé de sérieuses questions en regardant les dernières manifestations.

J’ai travaillé lors de manifestations des années 60 et 70. Nous avions un casque et un bâton, point final. Pas de veste, pas de coudes, pas de jambières, pas de bouclier.

Nous avons affronté des gars de la CSN, de la FTQ, des débardeurs, des marxistes, des maoïstes, des nationalistes, tous des gars capables de brasser. Nous avons accompagné des foules hostiles, nous les avons affrontées aussi souvent qu’il le fallait.

Telles les armées de César, nos rangs étaient formés de bonshommes d’âge mûr encadrant des plus jeunes. 80% de ces hommes étaient de bonne taille et nous formions des blocs difficiles à pénétrer. Les plus vieux nous apprenaient à garder la tête froide malgré les roches, les bouteilles, les planches et les billes.

À moins de vouloir parlementer, si quelqu’un s’approchait à moins de 20 centimètres, on l’avisait. Et s’il persévérait, il comprenait très vite son erreur. Les règles étaient claires: manifestez, faites du bruit, marchez, mais ne nous touchez pas.

Suite à la St-Jean de 68, tous les policiers auront un entrainement minimum. Ce n’était pas parfait, mais à l’exemple de nos vieux, nous pratiquions la maitrise de soi. Lors de mouvements vers la foule, les hommes formant le pivot central mesuraient près de deux mètres et dans les 130 kilos. C’était carrément impressionnant.

Je ne sais toujours pas pourquoi, depuis les trois dernières années, les hommes casqués ne me dépassent pas en hauteur. Pourtant avec mon mètre soixante-quinze, je ne suis pas un géant. Ces jeunes policiers nerveux, anxieux, prompts aux gestes sournois semblent manquer de mentors pour ralentir leurs élans. J’ai l’impression qu’ils agissent parfois comme le petit dernier de la famille, à qui il ne reste que le chien pour relâcher sa colère.

Le faible gabarit, le stress, le manque d’entrainement, l’incompréhension sont des éléments qui engendrent la colère et la violence.

Dire «Décolle» à un monsieur de 70 ans, c’est un manque d’empathie. Le renverser, c’est un manque de jugement. Le laisser par terre le visage sanglant, c’est un crime.

Lancer des grenades lacrymogènes au visage de manifestants, c’est non seulement vicieux, mais surtout criminel. Casser les dents d’un grand fouet de 60 kilos n’est ni héroïque, ni grandiose. Faire virevolter une jeune cycliste de moins de 50 kilos qui, même si elle vous invective, est loin d’être prête à vous attaquer. Non… ce n’est pas plus reluisant.

Messieurs et mesdames les policiers, je comprends que vous soyez entre l’arbre et l’écorce. C’est votre travail de mercenaire qui veut ça. Les politiciens vous demandent de protéger la société, c’est inscrit dans vos devoirs. Il y a quand même des distinctions à faire entre des anarchistes armés et des manifestants bruyants, gouailleurs, même un peu fendants. Pensez que vous êtes issus de la même génération, celle des selfies, du narcissisme et du manque de tolérance.

N’oubliez pas que vous faites partie d’une société qui, comme vous, trouve que ses droits sont bafoués. «Vous n’avez rien volé, eux non plus

 

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